Body
J'ai pris mon café sans chien pour une fois, les quatre pensionnaires rendus et personne à empêcher de goûter le serveur. Mes bras sont restés quelques minutes dans leur position habituelle, un peu écartés, prêts à retenir une laisse qui n'existait plus. Puis je me suis étalé sur la chaise avec toute la grâce d'un manteau jeté là. Le coude tirait moins dès qu'il n'avait plus à prévoir les départs de chacun. Je croyais rester dix minutes, j'en ai passé trente à sentir mes pieds refroidir dans mes chaussures. Quand je me suis relevé, j'avais encore les cinq étages à monter. Le café était excellent, mais il n'avait manifestement pas installé d'ascenseur chez moi.
Emotion
La maîtresse du vieux chien mort l'an dernier m'a croisé avec une photo retrouvée sur son téléphone : lui, plus jeune, installé dans un fauteuil comme s'il attendait une question désagréable. Nous avons ri, puis elle a fait défiler les suivantes et j'ai senti les larmes monter en pleine rue, entre une livraison et deux trottinettes. Je connais encore le poids de sa tête quand il la posait sur ma chaussure pour m'empêcher de repartir. Elle a dit qu'elle ne savait pas à qui montrer ces photos sans qu'on trouve ça triste. C'était triste, et j'étais ravi de les voir. Je lui ai demandé celle du fauteuil. Mon homme l'a reconnue avant même que je raconte.
Mind
J'essaie de comprendre pourquoi les tomates de mon balcon font autant de feuilles et si peu de tomates, alors que je leur ai consacré plus de discours qu'à certains membres de ma famille. La gardienne me dit soleil, un client me dit engrais, ma mère dit que dans le Nord on ne ferait pas tout ce cinéma. J'ai cherché des explications et fini avec six conseils qui ne semblent pas parler de la même plante. Mon homme propose d'en acheter au marché, contribution remarquable à la recherche. Pour l'instant je déplace les pots là où le soleil reste le plus longtemps, puis je les remets parce qu'on ne peut plus ouvrir la porte. Le balcon est petit, mon ambition potagère démesurée.