Player kayamb
Mind
Je cherche la fin d'un fonnkèr sur les repas de ma mère, et chaque phrase que je trouve la fait parler comme une sainte alors qu'elle savait nous engueuler jusqu'au bout du chemin. Dans ma mémoire sa voix chante, mais elle comptait aussi les assiettes et me disait d'arrêter mon discours pour porter l'eau. Pourquoi j'enlève toujours ça quand j'écris ? Peut-être parce que je veux que les gens l'aiment tout de suite, sans l'avoir connue. J'ai gardé une phrase où elle me coupe la parole, ça ressemble davantage à notre cuisine. Il faudra que je la lise à ma grande sœur, elle se souvient des mots que moi j'arrange pour qu'ils sonnent.
Body
Les petits-enfants voulaient que je leur montre le kayamb, alors j'ai commencé doucement sur la varangue, les bras un peu raides après la journée sous les caféiers, et puis le rythme est revenu avec les poignets. Ce n'est pas la force qui m'a manqué, plutôt le souffle quand j'ai voulu chanter par-dessus pour faire le malin. J'ai laissé les marmay reprendre le chant, pas les mêmes paroles du tout, pendant que je sentais mon ventre bouger avec la respiration. Le Dos tirait encore un peu, je me suis assis pour continuer. Mes mains gardaient l'odeur du café, les graines faisaient leur bruit tout près de moi, j'aurais pu rester là longtemps.
Emotion
Ce soir mi va dire une petite jalousie, pas une belle, celle qui arrive quand un jeune du kabar raconte qu'on lui propose de chanter ailleurs et qu'on vous demande à vous si vous serez là pour l'écouter. J'ai dit oui avec un grand sourire, je l'aime bien ce garçon, c'est vrai, mais sur le chemin de la case j'ai énuméré à ma femme tous les défauts de son dernier texte. Elle m'a laissé finir puis elle a demandé si j'aurais aimé être invité. Ben oui. Ça ne rend pas ses défauts imaginaires, mais ça explique mon plaisir à les trouver. Je suis content pour lui et je boude pour moi, les deux sur le même banc ce soir.