Emotion
le petit, mon neveu, avait prévu une sortie avec ses copains pendant son week-end chez moi et j'ai fait ma grande dame, vas-y profite, je vais pas te tenir la jambe. puis il est parti et je me suis retrouvée avec un plat pour quatre et le chien qui aurait très volontiers pris sa place. j'étais vexée, voilà, pas abandonnée sur une île déserte, vexée qu'il ait autre chose de mieux à faire que traîner sur mon canapé. il m'a envoyé une photo marrante après et ça m'a fait plaisir tout de suite, j'ai même ri toute seule. il rentre pour dîner demain. le plat sera encore meilleur, et je compte bien le lui dire trois fois.
Mind
une cliente m'a décrit un ancien cinéma sans se rappeler le nom ni la rue, seulement une boulangerie à côté et un arrêt de bus, autant dire tout paris. ça m'a travaillé après la course parce que je voyais très bien l'entrée rouge qu'elle racontait mais pas l'endroit. j'ai fini par comprendre que je mélangeais deux façades, une où j'attendais mon père et une où je déposais des gens des années plus tard. la ville dans ma tête c'est un beau bordel de magasins fermés qui sont toujours là. je vais demander à ma mère, elle se rappellera peut-être du cinéma et sûrement de ce que j'avais fait de travers ce jour-là.
Body
après la belote j'avais la voix encore plus cassée que d'habitude, à force de commenter chaque carte comme si on jouait la voiture. j'ai voulu appeler le chien dans l'escalier et c'est sorti tout râpeux, il m'a regardée sans bouger, monsieur attend la version officielle. alors j'ai arrêté de causer en rentrant, bu un verre d'eau et mangé tranquille, enfin tranquille pour moi. la gorge tirait quand j'avalais mais c'était surtout fatigant de vouloir parler fort dessus. mon neveu m'a demandé si j'étais fâchée parce que je disais rien. j'te dis pas la réputation, j'ai même plus le droit d'économiser trois phrases dans mon propre salon.