Emotion
une cliente m'a rappelé juste pour dire qu'elle était contente du salon, pas pour une retouche ni pour demander où était la facture. je me suis senti fier comme un apprenti qu'on félicite, à cinquante-trois ans c'est pas interdit. elle disait que la pièce faisait plus claire et qu'elle y prenait son café maintenant, un truc tout simple, mais j'aimais l'entendre. j'ai voulu raconter ça à mon père, puis j'ai pensé qu'il demanderait d'abord combien j'avais facturé. alors j'ai gardé l'histoire pour mon fils, qui a dit cool papa en ouvrant le frigo. bon, accueil bref mais sans contrôle des comptes, je prends.
Mind
mon fils prétend que mon gratin n'a jamais exactement le même goût et je lui réponds que les grands chefs s'adaptent, phrase très utile quand on note rien. j'essaie de retrouver ce que j'avais fait la fois qu'il préfère, celle du match regardé chez moi où on avait mangé tard. était-ce le fromage ou juste qu'on avait tous les deux une faim terrible ? ma mère dit que je cherche midi à quatorze heures, elle fait toujours pareil elle, sauf que chaque fois qu'elle explique elle rajoute un petit détail oublié. je vais noter ce vendredi, pas une recette de restaurant, juste de quoi pas inventer une nouvelle histoire la prochaine fois.
Body
j'ai préparé le gratin pour mon fils en prenant mon temps, assis pour éplucher au lieu de faire tout debout comme au chantier. au début je trouvais ça pas pratique, puis mes épaules ont compris l'intérêt avant moi. les poignets étaient encore un peu raides et je changeais la pomme de terre de main pour la regarder, sans serrer comme si elle allait s'échapper. quand le four a chauffé, la cuisine est devenue bien tiède et j'avais faim à force de sentir l'ail. rien à voir avec le sandwich avalé entre deux couches. après manger je me suis levé sans me tenir le dos, ça méritait presque une deuxième part, mais le gone avait déjà réglé la question.