Player chapchap
Mind
Au maquis on discutait d'un match et chacun se rappelait une action différente pour prouver que son équipe avait mieux joué. Moi aussi j'étais dedans, évidemment, quand c'est l'ASEC j'ai la mémoire qui travaille à temps plein. Mais en rentrant je me suis demandé comment quatre personnes devant le même écran peuvent raconter quatre matchs. Mon frère disait que l'arbitre avait tout changé, moi je pensais surtout au ballon raté devant le but. Au kiosque aussi deux clients racontent parfois la même dispute comme s'ils n'étaient pas au même endroit. Je ne sais pas si je suis meilleur pour voir clair chez les autres ou simplement moins intéressé par le résultat.
Emotion
Mon cousin a fermé seul le kiosque et tout était juste dans ses comptes, mais je lui ai quand même posé trois fois la question sur une opération. Il a fini par me dire que je pouvais recommencer toute sa journée si je voulais. J'ai fait une blague, il n'a pas ri. Ça m'a vexé sur le moment, après j'ai eu honte, parce que c'est moi qui lui ai demandé de prendre plus de responsabilités. Je suis fier de lui, seulement quand je vois la caisse j'ai vite le cœur serré et je cherche ce qui pourrait manquer. Je lui ai envoyé un message pour dire que son travail était bon. Il a répondu merci grand frère, très poli, et cette politesse m'a encore dérangé.
Body
Les enfants m'ont attrapé dans la cour pour jouer au ballon avant que je rentre me laver. J'ai dit juste cinq minutes, après c'est moi qui voulais récupérer le ballon pour refaire mon tir. Le petit courait partout et moi je sentais déjà le souffle court, la chemise collée au dos, pourtant au kiosque je peux rester debout toute la journée sans me croire fatigué. Là les jambes devaient aller vite, ce n'est pas le même travail. Quand je me suis assis, ma fille s'est appuyée contre mon bras tout chaud en disant que je transpirais trop. Oui chef, j'avais remarqué. J'ai gardé les pieds nus sur le sol un moment, ça faisait du bien après les chaussures.