Emotion
Mireille m'a envoyé une photo de notre ancien atelier, retrouvée en rangeant. On est trois devant la presse, aucune ne regarde l'objectif, et j'ai cette blouse que je trouvais déjà affreuse à l'époque. J'ai ri, puis ça m'a serré un peu. Pas envie de retourner travailler, certainement pas, mais envie de retrouver ces deux-là un matin, avec nos mauvaises humeurs et le café trop fort. J'ai appelé tout de suite au lieu de répondre à la photo. On a parlé une demi-heure de tout sauf de l'atelier. Ça m'a fait du bien quand même. Je vais imprimer la photo, tant pis pour la blouse. On a toutes l'air occupées, pas vieilles, pas jeunes, juste à notre place.
Mind
Le titre du bulletin passe sur deux lignes depuis qu'on a ajouté le nom de la rue, et tout le monde propose de réduire les caractères. On peut, mais les gens lisent déjà assez difficilement les petites annonces. J'ai essayé de déplacer la date et de supprimer trois mots qui ne disent rien, ça rentre sans rapetisser. Ce qui m'occupe surtout, c'est de savoir pourquoi on garde toutes ces formules alors que personne ne les prononce. Dans le cadre de, à l'occasion de, on pourrait annoncer directement ce qui se passe. J'ai barré au crayon, pas sur le fichier, sinon on va encore dire que je décide seule. La mise en page est presque terminée, la discussion sûrement pas.
Body
J'ai rempoté les géraniums sur le balcon et gardé les mains dans le terreau plus longtemps qu'il ne fallait. Il était frais, un peu humide, agréable à émietter entre les doigts. D'habitude je mets des gants, là je les avais laissés dans le placard et je n'avais pas envie de rentrer. Les petites peaux autour des ongles ont moins apprécié le lavage après, ça tirait bien. Mais pendant une heure je n'ai presque pas pensé à mon genou, installée sur la chaise avec les pots à bonne hauteur. Alain a voulu porter le sac restant, je l'ai laissé faire. Maintenant j'ai les mains propres sauf sous un ongle, et l'odeur de terre revient dès que je les approche de mon visage.